L’ESAT du Rouet : une véritable ruche !

L’établissement marseillais de l’association AMSP (Association Médico-Sociale de Provence) est engagé depuis longue date dans une démarche de RSE. Avoir au cœur de son projet associatif ce constant souci d’amélioration continue procure de l’agilité et de la facilité à valoriser ses points forts.

Et cela donne des idées ! Positionner l’ESAT le Rouet comme « incubateur » pour jeunes entreprises, voici l’approche originale impulsée par son directeur Damien Geoffroy et son chef de production Yohan Auguin. Un ESAT dispose en effet de locaux, d’une force de travail, d’une organisation interne structurée : autant d’atouts pour des entreprises naissantes n’ayant pas encore la maturité économique de s’en doter par elles-mêmes. Tous les ingrédients sont présents pour faire germer des partenariats de sous-traitance gagnant-gagnant pour l’ESAT et pour les structures donneuses d’ordre.

Comme souvent dans la plupart des établissements de travail protégé, la force commerciale à l’ESAT du Rouet est limitée. C’est le réseau professionnel LinkedIn qui sert principalement de fer de lance pour nouer de nouveaux contacts qualifiés, partageant une communauté d’intérêt sur la responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise.

Et cela fonctionne ! L’ESAT a développé un partenariat avec la start-up marseillaise Anotherway. En remplacement du film plastique alimentaire, l’entreprise a lancé une marque d’emballage alimentaire durable : Le Beewrap, un tissu bio enduit réutilisable et lavable, à base de cire d’abeille, de résine de pin et d’huile de tournesol. Trois autres activités en mode « incubateur » sont en cours à l’ESAT :

  • la start-up Grainette (fabrication de bombes à graines de fleurs mellifères) à planter pour soutenir les pollinisateurs, le cadeau d’entreprise idéal ! ;
  • la jeune entreprise Espigas (création de chaussures en toile) qui relocalise elle aussi en France sa production grâce aux compétences des équipes de l’ESAT ;
  • et enfin la « jeune pousse » Clever Beauty, qui bouscule les lignes de la cosmétique avec des produits toujours plus sains ainsi que des packagings toujours plus astucieux.

Toutes ces starts up sont issues de la région PACA, mention « local » oblige !

L’aboutissement de cette approche « incubateur » se concrétisera pleinement au moment où l’entreprise, devenue mature, quittera le site de l’ESAT pour ses propres locaux emmenant avec elle quelques travailleurs souhaitant s’engager dans cette nouvelle aventure du milieu ordinaire. Le salarié sera bien sûr accompagné dans cette démarche et la collaboration pourra continuer sous une autre forme.

AnotherWay, cheminement d’un partenariat réussi …

Samuel Olichon, fondateur de l’entreprise marseillaise Anotherway, prend contact courant 2019 avec des ESAT avec le souhait de relocaliser sa production en France (voir encadré). La convergence d’activité s’est faite avec l’ESAT le Rouet.

Elisabeth Bartolo, encadrante technique à l’ESAT, est en charge de l’écriture du projet d’atelier. En dehors des aspects techniques exigeants, le potentiel de richesse humaine du projet a très vite été identifié, notamment en matière de formation des travailleurs tant le référentiel métiers est divers, de l’opérateur logistique à l’agent de production industrielle (petit clin d’oeil ici à Différent et Compétent Réseau).

Le côté « innovant » de cette nouvelle activité soulève quelques craintes parmi les travailleurs : des présentations sont organisées, une semaine de réflexion est donnée pour tester l’atelier et l’accent est mis sur le gain de compétences, sur la possibilité de se constituer un CV. Avec beaucoup de pédagogie et d’accompagnement, l’équipe se forme et l’activité démarre fin septembre 2019. L’atelier compte à ce jour 14 travailleurs à temps complet et deux encadrantes. Une machine sur-mesure est financée par Anotherway pour les besoins de la production.

En raison d’un peu de retard pris sur la fabrication de cet outil et pour ne pas pénaliser l’activité de l’entreprise, c’est l’équipe technique de l’ESAT qui prend en charge au début la production. Les équipes font en effet face à une montée en charge exponentielle des commandes moins de deux mois après le démarrage de l’activité et il est difficile de former les salariés en temps réel tant le rythme est soutenu.  

Le défi est relevé avec succès et permet de montrer la grande capacité d’adaptation de l’ESAT et l’implication de tous les salariés. La protection au stress a été au cœur des préoccupations sur toute cette période un peu délicate.

Une aventure humaine avant tout

Une émulation forte s’est développée au sein de l’équipe et de nombreux effets bénéfiques se dégagent :

  • Dynamique de groupe : plaisir de travailler ensemble, notion d’équipe, co-construction du règlement intérieur, réunion hebdomadaire autour du “tableau blanc”, mise en place de tutorat inter-salariés …
  • Dynamique personnelle : amélioration de la capacité d’ouverture à l’autre, augmentation des capacités de concentration, beaucoup d’application dans le travail, prise libre de parole, mobilisation de l’écoute, gain d’autonomie …

La crise sanitaire a marqué un ralentissement de l’activité et le temps dégagé a été mis à profit par les encadrantes, Elisabeth et Claude, dans l’élaboration d’outils au service des travailleurs :

  •  Adaptation des procédures : visuels des tâches, utilisation de codes couleurs, pas à pas en images de l’outil informatique de gestion de commandes (il y a beaucoup de références et de conditionnements différents !) ;
  • Etablissement de grilles d’évaluation des compétences des travailleurs : description et séquençage des tâches et mise en correspondance avec les compétences du référentiel métiers. Cela permet une analyse fine de la montée en compétences des travailleurs, de leur « retour sur investissement » au travail soit un bel encouragement à continuer leur progression ;

En attendant d’être suffisamment formés pour utiliser la machine, les travailleurs se concentrent sur le conditionnement des produits et leur bonne expédition. Les programmes de formation, adaptés avec l’aide des encadrantes, vont permettre aux stagiaires qui le souhaitent de s’orienter vers l’obtention d’une Reconnaissance des Acquis de l’Expérience (RAE).

Les liens entre accueillants et accueillis dépassent la sphère professionnelle : cet été, les équipes de l’ESAT ont répondu présent à l’appel d’Anotherway pour une opération de ramassage des déchets sur une plage marseillaise. Au-delà du volume de déchets récoltés, c’est le « agir ensemble » qui se révèle ici très précieux, ainsi que l’occasion offerte à chacun de (re)prendre conscience de l’intérêt à porter à l’environnement.

Interview : Samuel Olichon

Votre première visite à l’ESAT : en quelques mots qu’en avez-vous retenu ?

« Sans hésiter, une grande envie de promouvoir ce secteur encore méconnu ! L’ensemble des salariés y fait un travail extraordinaire, encadrants et équipes, on trouve au sein d’un ESAT différentes typologies de travail, différents métiers au sein d’un même lieu et ça c’est rare. » 

Quel a été le déclencheur pour relocaliser votre production en France ?

« On produisait en Asie. Grâce à de l’investissement et à une aide de BPI pour la conception de notre machine sur-mesure, on a pu relocaliser la production en France, à L’ESAT. En toute cohérence, on a eu la volonté de minimiser l’impact écologique de nos produits, donc de rapprocher la fabrication au plus proche de nos clients. On souhaite aussi créer de l’emploi localement, l’ancrage territorial, ça compte pour nous. »

Qu’est-ce qui vous a convaincu d’investir l’ESAT du Rouet pour votre production ?

« Nous avions la volonté de travailler avec un ESAT. Nous avons rencontré différents établissements et l’ESAT Le Rouet a montré une grande motivation et intérêt pour le projet … tout naturellement nous avons choisi cet établissement. Ensuite, il y a la partie accompagnement dans le développement du projet qui a été un bon challenge ; il y vraiment eu un travail en commun, de l’implication des deux côtés. Les compétences sont là et on a pu compter sur l’organisation de l’ESAT. »

Un premier bilan ?

« Le bilan à 6 mois de fabrication est positif : c’est un partenariat qui fonctionne. Après une nécessaire montée en compétences et une augmentation de la cadence, on arrive maintenant à une activité stable, qui tourne avec une quinzaine de références. Ce qui est vraiment confortable pour nous, c’est que l’ESAT gère tout : depuis la réception et gestion des matières premières à l’expédition vers nos clients professionnels Biocoop, Monoprix, concept-stores et boutiques spécialisées… et aussi les particuliers »

Votre plus grande satisfaction ?

« Ma plus grande satisfaction, c’est la super belle énergie qui se dégage de ce partenariat. Les gens sont heureux de travailler ensemble, que ce soit du côté de notre équipe ou de celle de l’ESAT. Il y a un véritable échange et partage de valeurs, autre que dans le travail comme à l’occasion de la sortie « ramassage de déchets » qu’on a fait ensemble dans les Calanques. Cela a vraiment permis une prise de conscience collective de la nécessaire protection de l’environnement ».